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Abd Al Malik / L’Art et la Révolte

  • # Aix en Provence (Du 12 au 16 mars 2013).

    Un spectacle, une mise en scène, de la musique, des textes, de la danse (avec Miguel Nosibor), un ensemble qui nous a remplis de bonheur.
    Abd Al Malik, Camus, tous les deux parlent de leur racine, de leurs proches, de leur peuple. Ils abordent les mêmes thèmes : l’Homme dans la société, sa condition, la liberté.
    C’est en reprenant ces thèmes qu’Abd Al Malik a créé pour ce spectacle des « pièces musicales ».
    Du texte, de la poésie, riches de sens, d’une vive émotion. Un homme beau dans tout son être qui aime les mots et qui a un talent admirable.
    La beauté du verbe avec laquelle il exprime des sentiments, il dénonce l’injustice, la misère, la violence, il bannit la discrimination nous hisse vers l’espoir d’un monde meilleur. Un monde dans lequel tout être est en droit de mériter le respect de son prochain.
    E.B.

    # Pour en savoir plus sur ce spectacle, cliquer ICI

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Lien vers le MUCEM et la présentation du cycle de conférences

Présentation de la conférence de Carlo Ginzburg et autres documents à lire et à écouter

Echos 1 (MN)

Il a l’élégance subtile et le verbe charmeur de esthète italien qui a tout lu. De Boccace, des apôtres, de St Thomas aux présocratiques, à Kant, Hérodote et Arendt. Il remercie avec simplicité son hôte, Tzvetan Todorov, rend hommage à ses ouvrages, se dit heureux de pouvoir dialoguer avec celui dont il admire l’œuvre et la pensée : La conquête de l’Amérique, Récits aztèques de la conquête, La signature humaine, ce très beau titre… et bien d’autres encore, qu’il ne cite pas.

Il aime et pratique la micro-histoire, celle qui fouille dans l’infiniment petit pour comprendre le tout grand. Il a enseigné à Yale et parle soudain anglais. Son français est parfait, parfumé, rocailleux par moment. Son italien, comme une seconde peau, si rapide, si subtil que l’on n’y comprend presque rien.

Il propose, par approches successives, de distinguer « la barbarie en soi », celle qui le serait par essence, de la « barbarie de circonstance », celle qui varie selon les coutumes, les habitudes, les usages. Il s’intéresse surtout à cette dernière qui est relative. Un mot qu’il affectionne, qu’il creuse, qu’il illustre. Il parle très longuement de la Controverse de Valladolid (http://www.youtube.com/watch?v=OWzO...) : les « indios » sont barbares par nature, dit Sepulveda. Les « indios » sont barbares par circonstance, dit Las Casas et « nous pourrions les convertir ». Ils seraient alors des créatures de Dieu et parleraient « notre langue », enfin !!! C’est que ces indios ne parlent pas espagnol et c’est bien fâcheux. Lui, Carlo Ginzburg, l’Italien, rappelle que les Espagnols furent eux aussi barbares et que tout cela se discute donc.

On est barbare dans le regard de l’autre. Aux yeux du chrétien, universaliste, il faut convertir. Aux yeux du grec, différentialiste, il faut laisser les choses en l’état (?) ou peut-être passer d’un bord à l’autre ? A voir. Est-ce si clair dans un propos qu’il déroule à belle allure et qui laisse la salle subjuguée, presque trop. On s’y perdrait. Moi aussi, un peu, je l’avoue.

Si les barbares le sont tantôt « par essence », tantôt « par circonstance », c’est que le regard de l’autre, le non-barbare (ah bon ! cela existe donc !) est déterminant. La férocité est-elle absolue ou relative ? Faut-il la corriger par la contrainte ou… par l’amour ? demande Ginzburg. Imposer notre vue ou admettre que d’autres perspectives soient possibles ? Et puis, on ne peut pas tolérer la barbarie, quelles que soient les visions du monde ? Que faire alors ?

Lévy-Strauss suggère « le regard éloigné ». Auerbach dit que « vérité et force ne peuvent rien pour l’autre ». La vérité, toujours possible cognitivement, aucun jugement moral ne peut la prouver. Il conviendrait donc de pratiquer conjointement relativisme et position absolue. Mais comment ? Paradoxe, impasse, aporie ?

Plus pragmatiquement, concède Ginzburg, et presque soulagé, il propose de se muer en traducteur, car « l’imperfection de toute traduction est un argument pour la possibilité de toute traduction ». Superbe ! On penserait, on pratiquerait, on partirait à la découverte de « nos mots et des leurs ». Pourtant la Malinche (http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Malinche), l’indienne épouse de Cortès, traductrice pour lui de tous les grands textes indiens est finalement celle qui trahit le plus son peuple et « initie la soumission ». Ricœur, appelé à la rescousse, pense qu’il convient au contraire de construire « une cité où l’autre est parmi nous » mais à la condition que nous sachions quel est notre « nous ». Se souvenir de Soi-même comme un autre, l’un de ses si nombreux livres.

Connaître et méconnaître l’autre, dans le même temps. Connaître et reconnaître. Connaître pour reconnaître ? Reconnaître pour être en capacité de connaître ?
Par où commencer ?

Michel Neumayer

Carlo Ginzburg dans Wikipedia

Echos 2 (VL)

Civilisation et Barbarie
Carlo Ginsburg

A quoi sert l’Histoire ?
A apprendre à regarder le passé et le présent tout en pensant que rien ne va de soi.

Depuis Hérodote, au temps de la Grèce antique, les coutumes ont été mises en place pour faire face à la barbarie. « La coutume est reine de toutes choses » disait-il.
Cependant les lois et les coutumes ont souvent été liées à une implication politique. Et il y a eu autant de définitions de la barbarie qu’il a existé de peuples. C’est l’usage et le partage d’une même culture qui en ont créé les critères.

Pour Aristote, la hiérarchie entre les humains serait établie par l’état naturel de chaque être : le maître est maître par nature, l’esclave est esclave par nature, la femme est femme par nature. Chacun reste à sa place et seule la nature est responsable de cet état de fait.

Pour Bartolomé de Las Cases (XVI° siècle), c’est une question de légitimité qu’il pose lors de la découverte du Nouveau Monde et de ses habitants aux mœurs si « barbares ». Les Indiens sont-ils barbares par nature et donc doit-on leur faire la guerre, ou sont-ils esclaves par nature et doit-on leur imposer une autre culture ? Qu’est-ce qui est le plus légitime dans tout ça ? Bartolomé dit que l’on doit se placer selon la circonstance.

Face à la civilisation chrétienne, forgée sur l’écriture et l’amour d’un dieu, on trouve des « barbares » qui n’ont pas de langue écrite et qui ne partage pas les mêmes croyances. Pour les peuples colonisateurs, la guerre est juste puisqu’elle préserve de la barbarie ; tout comme ils considèrent que l’homme est chasseur par nature et les animaux, des gibiers, puisqu’ils n’existent que pour le nourrir.

Au même siècle, Machiavel de son côté aborde la question du point de vue : la métaphore de la perspective, technique que l’on retrouve aussi dans l’art. La perspective est arbitraire, la réalité effective. Quelle est la légitimité d’une démocratisation imposée ? Peut-on imposer son point de vue ou faut-il tolérer tout ce qui existe comme étant légitime ? L’homme dans son rapport aux coutumes établies d’une même culture a, à la fois, besoin de reconnaissance mais reste attaché à une certaine hiérarchie entre ses semblables.

Au XVII° siècle, Pascal soutient que la force et la vérité ne peuvent rien l’une contre l’autre : face au progrès technologique, la force efficace mais toujours en évolution, la vérité prouve toujours quelque chose de provisoire et de révocable. La force et la vérité sont toujours dépendantes d’une certaine temporalité, selon les circonstances et le point de vue du moment. Reconnaître la réalité pour ce qu’elle est et l’accepter est une démarche complexe.
De nos jours, le philosophe Todorov défend plutôt l’idée d’une Histoire qui propose que celle d’une Histoire qui impose. Chaque épisode nous a laissé des traces, des témoignages qui sont autant d’éclairages sur la compréhension de notre époque actuelle. La naissance du colonialisme, la découverte des Amériques, sont les points de départ historiques de notre histoire moderne. Il est nécessaire de connaître les textes fondateurs pour mieux comprendre les civilisations et les barbaries qui nous sont plus contemporaines. C’est un décryptage complexe mais essentiel.

Par raccourci, on prétend que l’homo sapiens est un animal qui sait, alors que c’est plus précisément un être qui sait apprendre. L’homme civilisé du XXI° siècle va-t-il persister à être celui qui lutte encore et toujours contre les autres humains qu’ils considèrent comme des barbares ou peut-il commencer à savoir apprendre que tous sont justes différents les uns des autres ? Peut-être un jour, verrons-nous enfin naître des « homo pacem sapiens »…

Valérie L.