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La nécessité d’argumenter en matière de Culture de paix est évidente. Nous avons réuni ici les questions qui nous sont le plus souvent posées et donné, pour certaines, des amorces de réponses.
Ce chantier ouvert en 2003-2004 ne s’est jamais refermé et c’est au lecteur de s’emparer des questions qui n’ont pas (encore) trouvé de réponse…

« 32 questions sur la culture de paix et quelques débuts de réponses »

1. Pourquoi la culture de paix reste-t-elle un objet confidentiel ?

Le groupe des enseignants et des éducateurs pour la Paix est une fourmilière. Petites ouvrières de la culture de paix, nous creusons pour l’instant nos galeries en sous-terrain, mais certains jours, peut-être au mois de mai ou au mois de sep-tembre, quand nos ailes auront poussé, nous nous envolerons pour essaimer l’idée de « culture de paix ». Et les promeneurs de notre ville pourrons alors voir dans leur ciel des « nuages de paix », en forme d’oiseau, de papillon, d’enfant ou de ce qu’ils veulent.[...]
(E. en discussion avec Th.)

2. Que mettons-nous derrière les mots « culture de paix » ?

3. La culture de paix rapporte-t-elle de l’argent ? Est-elle source de profits et pour qui ?

4. Quand parler de culture de paix à d’autres, autour de nous ? A qui parler de culture de paix ?

5. Pourquoi le fait de vouloir se former à la question de culture de paix fait-il parfois sourire ?

6. Est-il naturel ou évident d’être dans une ville qui se dit « Commune pour la paix » ? Est-il « naturel » de l’annoncer ? Est-on « naturellement » pour la paix ?

7. Qu’est-ce que je perds, qu’est-ce que je gagne en prenant le parti de la culture de paix ?

Prendre le parti de la culture de paix, c’est accepter de perdre une partie de soi, de ses certitudes, de sa culture, de son adhésion à certaines valeurs portées par la société… C’est perdre sa carapace pour mieux se bâtir à l’intérieur avec les autres, en fonction des autres.
Développer la culture de paix, c’est aussi prendre du temps pour perdre le sen-timent d’impuissance et d’isolement, face à toutes les sortes de conflits, ceux de la cour de récréation comme ceux du Proche-Orient.
(D. en discussion avec J.)

8. Qui êtes-vous, vous, pour parler de culture de paix ? Une secte ?

Nous sommes des femmes et des hommes qui avons décidé que notre activité professionnelle d’éducateur, d’enseignants, d’animateur prenait une dimension bien plus riche si nous la mettions sous le chapeau commun « culture de paix ». D’autres pourraient le faire au titre de membre d’association dans le cadre d’ac-tivités diverses. D’autre encore tout simplement en tant que citoyen, voisin, co-locataire, etc. Nous nous y employons dans une quinzaine d’école de la ville, dans plusieurs Maisons de Quartier, dans le cadre du Forum Local.
Sommes-nous une secte ? Non, car nous n’avons pas de réponses toutes prêtes, mais des questions que nous voulons partager. Nous voulons mieux comprendre pourquoi la notion de culture de paix nous tient tant à cœur. Nous pensons qu’en additionnant et croisant nos approches, nous irons plus loin.
(M.)

9. La culture de paix est l’affaire de tous ? Peut-elle n’être l’affaire que de quelques convaincus ?

Elle est longue, la liste des thèmes d’actualité où la paix est absente ! Le travail de la paix, la tolérance, l’amour, la compréhension de l’autre, de ses idées et de ses actes, qu’il soit ministre, tyran, bourreau, victime, citoyen… nous renvoient à la culture de paix.
Il faut déjà s’appliquer cette idée à soi-même, ne pas verser dans le jugement. Tenter de comprendre pourquoi on en est là, comment les choses peuvent évo-luer, comment on peut se positionner et surtout être rayonnant et réfléchissant pour les autres !
(St.)

10. À quoi s’engage-t-on en cultivant la paix ?

Cultiver la Paix, c’est comme cultiver son jardin. D’abord, il faut l’aimer… Un jardin pour qu’il produise, ça ne se fait pas tout seul. Il y a l’envie, il y a la terre, il y a le soleil, l’eau ; il y a l’engrais, le terreau, les mains de l’homme, il y a les graines, l’arrosoir, le tuyau… Cultiver la Paix, c’est d’abord retourner la terre. C’est s’engager ensuite à apporter un suivi, une observation, des soins…Et vou-loir aller au bout, parfois même accepter une mauvaise récolte malgré les ef-forts que l’on a fournis et les attentes que l’on avait, malgré les temps q’on y a mis...
(C. en discussion avec St.)

11. La paix, est-elle un droit ou devoir ? Pourquoi ne m’a-t-on jamais enseigné la Paix quand j’allais à l’école ?

12. Est-on capable de vivre ensemble si on ne comprend pas ce qu’est la culture de Paix ?

13. Est-ce qu’on peut construire une autre civilisation sans travailler la Culture de Paix sur le plan local ?

14. Quel rôle jouent les femmes dans le développement de la culture de Paix ?

15. Quels sont, ont été, dans notre siècle, les grands cultivateurs de paix ?

J’en connais beaucoup… Je pourrais parler ici des petits cultivateurs de Paix que je croise encore et qui, juste pour un court moment, me comblent de bon-heur et me permettent de garder allumée une toute petite flamme d’espoir.
Je pourrais parler de ces petites gens, hommes, femmes, jeunes ou vieux qui sa-vent tendre leur main et ouvrir leur cœur et donner un sourire, reflet joyeux de leur générosité.
Je pourrais parler de ce vieux monsieur, joueur de boules qui m’a aidé à pous-ser ma grosse voiture quand j’étais désemparée et qui a essuyé mes larmes avec son grand mouchoir à carreaux...
Je pourrais parler de mon amie B. et de ces petits bébés qu’elle accueille et à qui elle donne tant d’amour.
(M.)

16. Que faut-il faire pour que la culture de paix se construise dans la durée ?

Diffuser le plus largement possible les idées partagées dans ces temps de forma-tion ce qui poussera peut-être d’autres à se joindre au groupe.
Travailler avec de petits enfants peut surprendre, mais pas du tout, c’est en in-sistant encore et toujours sur les valeurs de partage, sur l’égalité entre les gar-çons et les filles, sur l’importance de la parole pour régler les conflits, sur le fait de travailler ensemble pour réussir, et aider les plus jeunes que se développe aussi la culture de paix…Surtout à l’heure actuelle où émergent autour de nous, et donc de nos élèves, l’individualisme, le désir de sécurité à tout prix, l’envie de consommation. Comme si tout était fait pour que les gens restent chez eux sans, surtout, se poser de questions.
(M-M. en discussion avec O.)

17. Comment notre groupe Culture de paix se prémunit-il du risque d’intolérance vis-à-vis d’autres personnes qui ne travaillent pas avec nous actuellement ?

18. Qu’apporte la réflexion sur la culture de paix à mon enseignement ?

Ce qui m’intéresse, c’es, en tant qu’enseignant, de travailler sur les outils et sur le lieu de travail. Notre travail invisible, il nous faut le rendre lisible pour que chacun à son niveau et à sa place (enfants, élèves, parents, professionnels, en-seignants) puisse s’emparer de choses concrètes et puisse se les réapproprier. J’ai le souci de multiplier les références à l’action de manière à sensibiliser le plus grand nombre.
(J. en discussion avec D.)

19. Que récolte-t-on en cultivant la paix ? Celle-ci est-elle l’inverse de la culture de guerre ?

20. Qu’engage-t-on personnellement sur le champ de la paix ? Que gagne-t-on en prenant le parti de la culture de paix ?

Réfléchir et agir en matière de culture de paix exigent à la fois de l’humilité et de pugnacité.
De l’humilité, car notre questionnement préalable nous pousse à nous mettre au clair par rapport à notre histoire et à l’acceptation de notre histoire. La nécessi-té de se mettre au clair face à nos savoirs et nos non-savoirs, et en accepter les côtés arbitraires dans le temps et dans le contexte historico-socio-politique.
De la pugnacité, car la culture de paix ne doit pas rester un objet confidentiel [...]. Elle est le terreau, l’aliment et le ciment qui permet à l’humain de grandir. Ainsi je m’engage moi et j’engage l’autre.
(Th. en discussion avec E.)

21. En matière de culture de paix, comment s’opèrent les renversements dans la tête des personnes ?

Il faut du temps pour que des renversements s’opèrent, du temps pour que l’être humain puisse construire et reconstruire. Trois ans de travail sur le « défi non-violence » posé à l’école du Pin Vert pour que Jonathan, qui a vécu ce défi en tant qu’élève de l’école, puisse lire les panneaux d’entrée de ville comme de vrais manifestations de la volonté de construire un autre monde qui ne soit pas géné-rateur de conflits, mais de solidarité et de coopération.
Le contact avec la culture de paix permet d’opérer certains renversements dans nos têtes à des moments parfois inattendus ! Comme quand on revient d’une séance de cinéma à Marseille où l’on jouait « L’esquive » et qu’entrant à Aubagne on pose son regard sur le panneau d’entrée de ville « Commune pour la paix »…
(J. en discussion avec K.)

22. La pratique du débat permanent n’est-elle pas perte de temps, vu l’importance des questions ?

Comment être sûrs que l’on véhicule le bon message à propos de la culture de paix ?Je me hasarderais à dire qu’en étant convaincu soi-même de la justesse et de l’enracinement de la notion de culture paix on peut agir… à l’image de la conviction de cette dame de Constantine faisant le couscous forte de tout ce qu’elle sait de son histoire, sa culture et sa conviction. Une conviction qui lui permet de partage avec les gens qu’elle aime ...
(St.)

23. La culture de paix est-elle compatible avec l’exercice du pouvoir ? Cette mono-polisation du pouvoir est-elle une fatalité ?

24. Faut-il être enseignants pour faire partie du groupe culture de paix ? Qui peut en faire partie ? Comment fait-on pour en faire partie ?


25. Culture commune ou culture de paix : la culture de paix peut-elle être la culture commune ?


26. De quelle paix parlons-nous dans un pays en paix où il y a la violence ? Com-ment positionner notre action de « cultivateurs de la paix » dans un tel pays ? Quelle solidarité des pays en paix vis à vis des pays en guerre ?


27. Quels liens et quelles différences entre « culture de paix » et « pacifisme » ?

28. Sommes-nous en paix parce que nous ne sommes pas en guerre ? Parler de paix n’est-ce pas un luxe pour pays qui ne sont pas en guerre ?


29. La culture de paix, est-ce quelque chose qui intellectualise ?

30. Faut-il ouvrir cette formation conçue pour des enseignants et des éducateurs à d’autres professions ? Ou imaginer des formations spécifiques aux autres acteurs qui œuvrent dans le même espace que nous ?

31. La culture de paix signifie-t-elle qu’on ne répond pas à la violence par la vio-lence ? Faut-il ne pas apprendre à se défendre ? Comment apprendre aussi à se défendre ?

32. La culture de paix est-elle sans exigences ?

33. Notre travail d’éducateurs ne doit-il pas se concentrer sur cette question de la culture de paix comme la plus importante en ce moment ?

Oui, car le fait d’être cultivé (connaître la musique, avoir lu ses classiques, avoir des clartés de tout) n’empêche pas la barbarie. Il faut donc ajouter à cette idée de culture celle de paix pour lui donner des dimensions humaines, sinon huma-nistes.
« Vivre voisins sur une seule terre » disait Aragon. Le fait que nous soyons ci-toyens du monde – que nous en soyons conscients ou pas – le fait que le mouve-ment d’une aile de papillon sur le fleuve Amazone peut provoquer des ouragans en Europe : cela devrait être des raisons suffisantes pour comprendre que l’inté-rêt du plus grand nombre est de vivre ensemble en paix.
Le vivre ensemble s’apprend – peut s’apprendre – dès le plus jeune âge. D’où l’influence très grande des parents et de l’école, puis du Collège et de tous les lieux où des adultes éduquent des enfants. la culture de paix peut se trouver dans les plus petits actes quotidiens, patiemment enseignés, exigés, nommés, analysés. Exemple : d’un petit atelier délicieux où l’enfant remplit un godet de terre, y place trois graines de fleurs, et admet la métaphore que la Paix, ça se cultive.
Patience – temps – travail – responsabilité. De petits riens pour accepter la pré-sence de l’autre, pour installer l’entraide entre petits et grands et la gestion des conflits par la parole ; puis s’appuyer sur ces petits riens pour dire pourquoi on les fait et en quoi cela participe d’une culture de paix. La culture de paix comme point fixe, comme ancrage qui donne du sens à tout ça. Pour les enseignants, les parents, les enfants, les éducateurs.
(O. en discussion avec M-M.)

34. Toutes générations confondues, les enfants, les jeunes, les adultes sont-ils (doi-vent-ils être) également concernés par la question de la culture de paix ?

35. Comment accueillir la souffrance des uns et des autres sans alimenter le désir de revanche ? Dialoguer et construire ?

Comment savoir accueillir la souffrance… ? Être en paix avec soi-même avant tout, se connaître, comprendre que nous sommes la somme de moments de vie, d’apprentissage, de savoirs, de réaction à d’autres comportements, d’incompré-hension de ce que sont les autres.
Avoir conscience de tout cela et aller à la rencontre de ceux qui sont en plein tumulte intérieur et en désarroi face à ce qui les entoure – c’est très difficile.
Il faut beaucoup écouter – laisser parler, mais ne pas hésiter non plus à parler sincèrement de soi. Pour partager les mêmes interrogations, les mêmes doutes – c’est ce à quoi je pense quand je parle avec une personne jeune ou âgée qui vient à la Maison de Quartier.
Apprendre aussi à détourner un discours ou une attitude agressive en pensant que ce n’est pas moi qui suis visée personnellement, en sachant que je ne résou-drai pas le problème de la personne, mais en essayant de lui faire comprendre qu’un espace s’ouvre pour qu’elle exprimer sa souffrance. Cela marche parfois, mais pas toujours. Ce n’est jamais pareil et jamais gagné.
(V. en discussion avec M.)